Ainsi, dans son livre "Who are we", Samuel Huntington cite-t-il des exemples d'américains anglophones contraints d'apprendre l'espagnol pour conserver leur emploi dans certains états du sud, et même alors sont "discriminés" car la faible maîtrise de l'espagnol leur est reprochée alors que la maîtrise approximative de l'anglais est considérée comme acceptable.

C'est au passage un exemple significatif du concept d' intégration à l'envers que de nombreux sociologues ont étudié à travers le monde. Cette intégration à l'envers est également pointée du doigt en France par les RG concernant les français de souche des banlieues qui deviendraient de plus en plus "orientaux". Mais cette intégration à l'envers, qui remet en cause la fable des bienfaits de l'immigration et la théorie de l'intégration, est un tabou qu'il ne faut pas évoquer et que l'on préfère cacher. Bref, revenons aux Etats-Unis.

L'hispanisation de la vie publique va très loin aux Etats-Unis. L'administration parle et communique en espagnol, comme le montre cette publicité pour l'US Army trouvée par hasard sur Yahoo. Lors des campagnes politiques, certains débats entre candidats ont lieu en espagnol - George W.Bush a ainsi débattu en espagnol avec son adversaire lors de sa dernière campagne de gouverneur du Texas.

Récemment c'est la traduction en espagnol de l'hymne national, le "Star-Spangled Banner" qui a déclenché une vaste polémique, poussant même le président Bush, peu hostile à la communauté hispanique, a critiquer l'initiative.

Le débat sur la langue officielle intervient dans le cadre de la discussion au Sénat de la loi sur l'immigration - dont les critiques pensent qu'elle doublera l'immigration légale outre la régularisation à terme de plusieurs millions de clandestins.

As part of the ongoing debate on immigration reform, the Senate on Thursday voted on two amendments to make English the "national language," as well as set a "common and unifying language."

L'initiative bipartisane semble bien partie pour aboutir, soutenue par le président Bush et par une majorité d'américains.

"I believe that person should pay a meaningful fine, pay their taxes, learn English, prove they've worked in a job for a number of years, and then that person should be able to apply for citizenship, but would not be granted an automatic citizenship, but instead would be at the end of the citizenship line," Bush said.

According to a recent FOX News/Opinion Dynamics poll taken April 4-5, 78 percent of Americans favored passing a law making English the official language of the United States.

La version actuelle de l' Immigration Bill - encore loin d'être votée, est largement critiquée par certains conservateurs qui y voient une capitulation devant les manifestations de clandestins, dont la plupart finiront par être régularisés. Tous les conservateurs ne voient pas les choses ainsi, puisqu'aux Etats-Unis le débat sur l'immigration est presque inversé par rapport à la situation européenne : les républicains proches des milieux d'affaires y sont plutôt favorables alors que les démocrates proches des syndicats y sont généralement hostiles.

On peut remarquer que les discussions actuelles sur la nécessité de renforcer le chemin vers la citoyenneté et de prendre en compte les conséquences néfastes du multilinguisme (et donc de l'idéologie multiculturelle) s'inscrivent dans le sillage des problématiques soulevées par Samuel Huntington dans son livre Who Are We : The Challenges to America's National Identity paru en 2004.

Un signe de la vitalité du débat public aux Etats-Unis et de la réactivité de l'appareil politique, capable de prendre à bras le corps les analyses les plus dérangeantes des grands intellectuels, au lieu de vivre dans la négation permanente comme c'est le cas en France.