Da Vinci Code : Dan Brown est également ignare en histoire de l'art
Par le conservateur, mardi 2 mai 2006 à 22:57 :: Arts & Culture :: #385 :: rss
L'ignorance crasse et revendicative de Dan Brown en matière religieuse - peut-être l'origine de sa cathophobie, a trouvé son égale : son analphabétisme artistique, déguisé sous un amoncellement de références et d'interprétations personnelles généralement erronées.
L'historienne d'art Elizabeth Lev a consacré un long article pointant toutes les erreurs et les contresens grossiers de Dan Brown, non sur le plan religieux, mais sur le plan des arts de la Renaissance. Une manière intéressante de démontrer la supercherie.
Pour commencer, Dan Brown prétend que Leonardo était mal vu des artistes et historiens d'art chrétiens, que dérangaient son homosexualité et son rejet du christianisme. Il n'en est rien : Leonardo n'a pas subi d'ostracisme, et la principale source historique contemporaine, les Vies d'Artistes du peintre / critique Giorgio Vasari, le traite à l'égal des autres. L'homosexualité de Leonardo n'est pas établie historiquement, bien qu'elle ne soit pas à exclure. La vie de Leonardo a été jalonnée par les étapes de la vie chrétienne et aucune source historique ne permet d'avancer un "rejet du christianisme".
Leonardo était plutôt un "Adorateur de la nature" selon Dan Brown. C'est méconnaître la Renaissance italienne, qui voit un intérêt nouveau pour la philosophie antique (on ne peut pas parler pour autant de redécouverte). Ainsi de l'humanisme florentin qui dans de petits cercles comme celui de Marsile Ficin, sous la protection de Laurent le Magnifique, développe un "hermétisme philosophique et aristocratique" qui connaît des manifestations artistiques, par exemple chez Sandro Boticelli, dont certaines allégories nous sont mystérieuses. Boticelli pourtant, qui fut peut être un disciple de Savonarolle, illustre bien la coexistence de cet intérêt intellectuel et du christianisme.
Dans son interprétation de la Vierge aux Rochers (National gallery, London), Dan Brown se prend les pieds dans le tapis et confond Jean-Baptiste et Jésus, le premier étant évidemment représenté avec un baton sumonté d'une croix et d'une peau de bête comme il le sera dans le Baptême du Christ peint par Leonardo et Andrea del Verrochio (Uffizi, Florence), selon la convention de l'époque.
Egalement fallacieuse et ignorante est l'interprétation que donne Dan Brown de la Cène : cette fresque destinée au réfectoire de Santa Maria delle Grazie à Milan, et donc visible de tous, n'offrait certainement pas au peintre l'occasion d' introduire des concepts subversifs. Ensuite, son interprétation de l'absence de Judas, qui permet de caser une Marie Madeleine travestie, ne tient pas la route puisque Judas est la figure qui se tient devant Pierre penché vers Jean, le 3 ème personnage à la gauche de Jésus, dans un groupe fondamental réunissant Pierre, Jean et Judas, trois figures majeures qui semblent nous interroger sur notre propre fidélité. L'impression que St Jean serait "féminin" est une erreur, car il s'agit d'une convention manifestant l'âge de ce disciple sous des traits adolescents souvent effémininés dans la Renaissance italienne car inspirés de l'antiquité. C'est le cas par exemple dans la Cène d'Andrea del Castagno (Sant'Appolonia, Florence) où Jean, à droite du Christ, est également représenté de cette manière. Castagno ou Guirlandaio avaient-il également perçé le "code" ?
Ainsi l'on découvre que pour comprendre l'oeuvre de Leonardo, il n'est pas possible de faire l'impasse sur une solide culture chrétienne, à moins de vouloir finir comme ces visiteurs croisés au Louvre et qui passait la tête baissée devant un tableau de Raphaël en grognant sur un ton revendicatif "encore des trucs religieux".
Finalement, Dan Brown est un ignare, certes, mais un malin ! Ses mensonges, son ignorance, et ses attaques diffamatoires l'ont rendu riche. Mais qui est le crétin, entre celui qui s'enrichit en bernant les autres, ou le troupeau qui se jette dans le piège ? Le succès du livre de Mr.Brown nous apprend une chose, c'est l'acculturation de notre époque moderne, dominée par la télévision, où la culture est forcément malmenée puisque prise en main par des journalistes, et non des spécialistes, et soumise généralement à un agenda politique. Une époque d'acculturation complète, également, au travers de l'école démocratique (de masse) qui se traduit immanquablement par le nivellement par le bas.
Dan Brown est un génie, à sa façon, il aura compris que dans un monde occidental privé de tous repères culturels et religieux, on peut capitaliser - au sens propre du terme - sur "l'acculture", à défaut de capitaliser sur "la culture" (*). Le plus drôle, au final, étant de persuader ses lecteurs qu'ils découvrent des révélations fracassantes, alors qu'il s'adresse à un public qui a perdu en route 99% de ce qui constituait la culture d'un "gentilhomme" des siècles passés.
(*) : je vous offre ce jeu de mots à titre gracieux, cherEs "lecteurEs", réutilisez le comme bon vous semble 
Commentaires
1. Le mercredi 3 mai 2006 à 10:31, par bolgatanga
Moi ce qui m'a le plus contrarié dans ce livre c'est pas le manque de crédibilité historique, après tout il s'agit d'un roman. En revanche j'ai eu du mal à avaler le style d'écriture, c'est plat et desagréable à lire, en version francaise en tout cas. Sans parler des personnages, on les croirait sorti d'un Harlequin tellement ils manquent d'epaisseur. C'est vraiment mystérieux ce type de succés éditorial, on se demande comment ca démarre. Une fois que c'est lancé ca s'entretient tout seul, la preuve je l'ai acheté ce bouquin, uniquement en me fiant à son succés, sinon en le feuilletant il m'avait bien semblé que ca me plairait pas. Mais voilà, 125 milliards de mouches ne peuvent pas se tromper: il faut bouffer de la merde!
2. Le mercredi 3 mai 2006 à 10:33, par woland :: site
c'est de la cuisine pour gogos... (désolé Bolgatanga...) beaucoup d'esbrouffe et de pub pour faire croire que c'est bon, et personne n'ose dire que le roi est nu...
3. Le mercredi 3 mai 2006 à 11:19, par BOLGATANGA
Ben oui, gogo, je me suis fait avoir. Le plus desolé c'est moi, même pas pour le prix d'ailleurs, c'est que je l'ai acheté rapidement à l'aeroport et je me suis retrouvé à faire 10h d'avion coincé entre le DaVinciCode et la selection de films de la compagnie! Au secours!
Tiens j'ai trouvé sur www.manur.org/ un bon résumé de la subtilité des scénarios de Brown:
"
On raconte même qu'à cette nouvelle, Dan Brown a fait pipi dans son pantalon, juste avant de décider du synopsis de son prochain récit : le héros découvre un papyrus avec le mot “SαDVJ” et passe quatre cents pages avec cinq chercheurs BAC+18 du M.I.T. et un superordinateur Cray afin de découvrir ce que recouvre ce mystérieux mot de passe. Heureusement, une experte latiniste agent du NKVD passe par là en mini-jupe moulante et se souvient page trois cent quatre-vingt dix-huit que le U et le V sont la même lettre, en Latin."
mais attention, le reste de l'article risque de ne pas vous plaire du tout... c'est pas vraiment un conservateur l'ami manur. Tant pis pour vous.
4. Le mercredi 3 mai 2006 à 11:35, par le conservateur
Bolgatanga,
vous pouvez toujours essayer de revendre votre Da Vinci Code sur ebay, et reverser la recette à l'Opus Dei, peut-être éviterez vous ainsi les mâles tourments de la géhenne éternelle entre les "mains" expertes de Beelzeboul !
5. Le mercredi 3 mai 2006 à 13:07, par Polydamas :: site
Merci pour l'info, le genre d'article qui vont être utilisés à bon escient....;-)
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