Il faut comprendre qu'un film ou une oeuvre d'art de gauche, cela est normal - l'art est forcément progressiste puisqu'en avance sur son temps, mais que l'organisation d'une exposition par un gouvernement de droite est forcément politique. L'expo Villepin serait pour certains "porteuse d'une visée politique à un an de l'élection présidentielle". Idée grotesque : voyez-vous un bobo décider de voter Villepin en visitant une exposition ? A moins de se taper la tête contre une installation géante, je ne vois pas.

Dans les pages de Libération, un des commissaires de l'exposition, Eric de Chassey, dénonce en termes diplomatiques l'hypocrisie de la posture :

Dernier épisode : trois artistes proclament par voie de presse leur refus de participer à ce qu'ils identifient comme «Expo Villepin». Si le premier à avoir pris l'initiative, Gérard Fromanger, présente des arguments politiques qui ont la dignité de la cohérence, les suivants ­ Alain Kirili et Ariane Lopez-Huici ­ se font de la publicité à bon compte : habitués des commandes et des invitations publiques, aperçus depuis des années aux côtés de ministres et Premiers ministres de tous bords, ils n'avaient été retenus cette fois-ci par aucun des commissaires de l'exposition!

Le problème n'est pas là où les détracteurs l'ont vu : il concerne la place trop importante de l'Etat dans la création contemporaine. Si Louis XIV faisait venir en France les plus grands, nous n'arrivons plus qu'à entretenir des gourous coupés du marché qui est le seul capable de sanctionner le succès d'un artiste - avec les dérives marketing que l'on connait, mais que l'histoire parvient à corriger. La France connaît de nombreuses expositions permettant aux créateurs débutants ou connus d'exposer : le Grand Palais abritait ArtParis il a un mois. Ce week-end se tient le Salon des Indépendants à Champerret.

L'Etat ferait mieux de se concentrer dans un domaine où son action peut se révéler efficace, et son pouvoir de nuisance modeste : l'entretien et la promotion du patrimoine, victime de coupes claires dans son budget dans l'indifférence la plus total.