La démarche des Juifs pour Jésus a de quoi laisser perplexe. Reconnaître en Jésus le Messie d'Israël est plutôt sympathique. Mais la démarche paraît inaboutie. Certes on a le droit d'accepter Jésus tout en critiquant la légitimité de l'Eglise. Mais comment connaître Jésus, si ce n'est par les textes chrétiens ? Certains utilisent le mot "christique" pour ne pas se dire "chrétien", mais cela ne tient pas debout.

Ne disposant pas de matériel historique suffisant - ainsi les mentions du Christ par Flavius Josephus sont trop peu nombreuses et parfois contestées - seule la lecture des Evangiles permet de connaître Jésus. Or les Evangiles, c'est déjà le christianisme. Ainsi sans se convertir physiquement, les "Juifs pour Jésus" ne sont-ils pas déjà dans une démarche de conversion spirituelle et intellectuelle ? Et dans ce cas pourquoi ne pas choisir l'Eglise Catholique, "the Real Thing", qui demeure bon an mal an le meilleur "véhicule" pour atteindre le Christ, alliant la légitimité divine de sa fondation et de l'héritage des siècles, la constance et la mesure que lui confèrent son organisation.

La démarche des Juifs pour Jésus est critiquée avec virulence. Ainsi un collectif "jews for judaism" est né pour s'opposer à eux, les accusant de brouiller les cartes et "d'exploiter la shoah". Si la première critique est fondée, la seconde paraît un peu facile et malhonnête, car ce ne sont pas les premiers a avoir fait de l'Holocauste un fonds de commerce.

Cette association a le mérite de reposer le problème du Messie. Si son ambivalence, voir la schizophrénie de la démarche, est intriguante, elle ne l'est pas moins que celle des juifs orthodoxes qui ont évacué le Messie de leurs espérances.