Délire journalistique autour d'un incident boulevard St Michel
Par le conservateur, vendredi 7 avril 2006 à 21:49 :: Propagande Médiatique :: #295 :: rss
L'incident survenu cet après midi devant la Sorbonne, qui s'est heureusement terminé sans blessures graves, a donné lieu a des rapports journalistiques divergents fortement, et souvent teintés d'idéologie. Il est intéressant de constater à quel point un incident survenu en plein Paris devant des centaines de témoins et des journalistes peut être relaté de façons radicalement différentes. On se demande dans ces conditions comment faire confiance aux médias pour décrire ce qui survient à l'autre bout du monde.
Commençons par le communiqué de l'Associated Press (via le Salon Beige) :
PARIS (AP) -- Un automobiliste a tenté de passer en force au sein d'une manifestation spontanée de plusieurs centaines de lycéens boulevard Saint-Michel à Paris, vendredi en début d'après-midi, et a percuté plusieurs jeunes. On ignorait pour l'heure s'il y a des blessés. En colère, les autres manifestants ont renversé la voiture et tenté d'en extirper le conducteur avant que les forces de l'ordre n'interviennent, a-t-on constaté sur place. L'incident s'est produit vers 14h à proximité de la place Saint-Michel alors que plusieurs centaines de jeunes manifestants descendaient le boulevard en direction de l'Ile de la Cité, après un pique-nique anti-CPE devant la place de la Sorbonne. Un automobiliste énervé a forcé le passage au milieu des manifestants, percutant quatre personnes. Plusieurs dizaines d'autres jeunes se sont alors rué sur le véhicule qu'ils ont retourné avant d'asséner de violents coups de pied dans les vitres pour extirper le conducteur du véhicule, sans y parvenir. Des badauds et quelques agents de police présents sur place ont protégé les vitres et le conducteur qui a échappé de peu à un lynchage. Plusieurs dizaines de CRS casqués sont intervenus quelques minutes plus tard pour tenter de disperser la foule. Les pompiers ont été appelés.
Plus tard Libération nous apporte une version radicalement différente visant à exonérer les manifestants de la violence à l'encontre du conducteur.
Un automobiliste a foncé vendredi midi sur un groupe d'étudiants protestant contre le CPE à hauteur du boulevard Saint-Germain à Paris. Bilan: dix blessés légers dont le chauffard, «pris à partie par les manifestants», selon une source policière. L'accident est arrivé quand des étudiants rassemblés devant la Sorbonne ont décidé de traverser le boulevard Saint-Germain pour changer de lieu de protestation: une Renault-Twingo a alors foncé sur le groupe. Pris en chasse par un véhicule de la police chargée de la circulation, le véhicule a été rattrapé en bas du boulevard Saint-Michel. Le conducteur alors a été sorti de son véhicule sous la protection des CRS, qui lui ont mis un casque pour le protéger d'éventuels jets de projectiles. Très énervé, les étudiants ont ensuite retourné son véhicule.
On notera l'incohérence de l'article, puisque le "chauffard", sorti par les CRS, aurait été néanmoins "pris à partie" (?). L'article de Libération prétend également que 2000 lycéens occupaient la chaussée "joyeusement".
Plus tard encore, c'est LCI qui nous apporte une nouvelle version, cette fois agrémentée d'une image qui remet les choses en place.
Un automobiliste à bord d'une twingo rouge a foncé vendredi sur des lycéens qui avaient, à l'appel de leur syndicat, la Fidl, organisé un pique-nique "pacifique" contre le CPE boulevard Saint-Michel à Paris, faisant onze blessés légers. Parmi ces blessés figure l'automobiliste "qui a été pris à partie par les manifestants", a-t-on précisé de même source. (...) Selon les premiers éléments de l'enquête, confiée à la police urbaine de proximité (PUP) du Ve arrondissement, il aurait dans un premier temps renversé une personne qui ne ferait pas partie du groupe de manifestants et qui a été également admise à l'hôpital, a indiqué la PP. Dans un second temps, il a pris la fuite, toujours selon la préfecture, prenant le boulevard "à contre-sens, dans les voies réservées aux autobus". C'est là que les manifestants ont été heurtés et blessés, indique-t-on de même source. La police n'exclut pas cependant que certains des blessés l'aient été au cours du retournement du véhicule, qui aurait été "violent". Le président du syndicat lycéen Fidl, Tristan Rouquier, qui a organisé le pique-nique contre le CPE boulevard Saint-Michel, a expliqué les circonstances de l'accident. Il raconte avoir vu "quatre lycéens renversés par la voiture et un qui a volé par dessus le véhicule, le pare-brise a volé en éclat sous le poids de l'impact avec le lycéen". "La twingo rouge est arrivée très vite. L'étudiant qui a volé par dessus la voiture est très choqué mais pas gravement blessé. Beaucoup de lycéens qui ont vu la scène sont révoltés. La voiture a été retournée", a ajouté Tristan Rouquier. (...)on a vu arriver à très vive allure une twingo rouge qui a foncé sur des lycéens au croisement du boulevard Saint-Michel et boulevard Saint-Germain", a ajouté le responsable lycéen. (...) "La voiture avait accéléré. On était 500 à 600 debout et assis très pacifiquement, il n'y a eu avant aucun incident, les gens chantaient".

Vous noterez que c'est désormais 500 à 600 personnes, c'est-à-dire vraisemblablement moins, qui étaient désormais réunies, et non plus 2000.
Regardez bien la photo prise par LCI : la conducteur est bien présent dans la voiture (Libération a menti) et le pare-brise est tout à fait intact (LCI relaye des assertions douteuses et se contredit).
Il est évident que la violence de ce conducteur est inexcusable. On doit rester maître de son véhicule, un point c'est tout. Utiliser sa voiture comme un bélier est non seulement criminel mais aussi lâche. En revanche il est clair qu'un lynchage a été évité de justesse. Cela est reconnu à demi-mot dans la plupart des articles, même de façon incohérente par celui de Libé. Et lorsqu'on a vu la violence dont peuvent faire preuve certains lycéens et étudiants depuis plusieurs semaines, on imagine la scène sans difficulté.
Mais n'oublions pas la responsabilité de la police qui laisse faire l'occupation des voies, qui est un délit. Lorsque l'Etat ne fait pas régner l'ordre, il rompt le contrat implicite qui le lie aux citoyens, celui de la protection en l'échange de la renonciation à la violence. Il est à craindre dans ces conditions que les citoyens se fassent respecter eux-mêmes.
Quant à Libé, il reçoit sans conteste (parmi notre petit échantillon) la palme du révisionnisme, en inventant carrément une version farfelue de l'incident visant à placer la seule violence sur le dos du chauffard. Cela est typique de la gauche : la violence "de gauche" (ici assimilée aux anti-CPE) est légitime (toujours en réaction), alors que la violence "de droite" est toujours inexcusable et inexplicable quelles que soient les raisons.
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