Dans l'article qui lui est consacré, le quotidien du soir joue volontairement sur le sous-entendu du titre "évangile de Judas" en partant du principe que c'est par Judas ou selon Judas que le texte aurait été écrit.

Contrairement à la version des quatre Evangiles officiels, ce texte indique que Judas était un initié ayant trahi Jésus à la demande de ce dernier pour assurer la rédemption de l'humanité.

Indiquer = faire voir, faire connaître - c'est tout à fait différent de "prétendre". Je ne crois pas lire de mon vivant dans le Monde que "L'évangile selon St Jean indique que Jésus est le fils de Dieu". Au mieux on pourrait lire que "l'évangile selon St Jean prétend que Jésus serait le fils de Dieu".

Aucun des spécialistes majeurs du gnosticisme n'est évoqué dans le papier, ni Jean Doresse qui a pourtant étudié les textes gnostiques de Nag-Hammadi plus que toute autre personne, ni le spécialiste américain James M.Robinson.

Rien ne permet de voir dans ce document un témoignage de Judas. Ce document est un écrit tardif dont l'importance n'était même pas majeure à l'époque des hérésies gnostiques puisqu'une seule des sectes gnostiques le reconnaissait, la secte des Caïnites, dont l'influence ne dépassait pas le territoire de la Haute Egypte où les parchemins ont été retrouvé.

L'existence de l'Evangile de Judas avait été attestée par le premier évêque de Lyon, la capitale des Gaules, Saint-Irénée, qui l'avait dénoncé dans un texte contre les hérésies vers le milieu du IIe siècle.

nous dit le Monde, façon d'entendre que l'Eglise reconnaissait le "danger" posé par ce texte. Il n'en est rien. Saint Irénée n'a mentionné qu'une seule fois ce document dans son Adversus Hœreses, et mentionna à peine les Caïnites, montrant ainsi à quel point il est ridicule de prétendre voir en ce texte un "évangile véridique" oublié ou non reconnu.

Tout cela rappelle beaucoup des scénarios de films. Mais ca n'excuse pas le flou artistique dans lequel se complait le journaliste. Ce document antique est une découverte heureuse, qui permettra de mieux connaître la gnose, et en conséquence d'illustrer le rôle positif de l'Eglise dans la transmission du témoignage du Christ, et la lumineuse clarté des Evangiles Canoniques (cf. Jean Doresse). Y voir plus que cela, c'est démontrer son manque de sérieux et de rigueur scientifique.

PS : on ajoutera que jamais le Monde ne se permettrait de publier un point de vue aussi critique sur le Coran