"l'Evangile de Judas" bientôt publié.
Par le conservateur, mardi 4 avril 2006 à 23:53 :: Le Christianisme & Nos Ennemis :: #276 :: rss
C'est au cours de l'année 2006 que seront publiés les feuillets redécouverts d'un pseudo-"évangile selon Judas", qui selon certains "dynamiterait" l'enseignement de l'Eglise, et qui, bien évidemment, aurait été caché activement depuis 2000 ans par l'Eglise (ça me semble un bon scénario de bestseller, qu'en pensez vous ?).
Le premier a avoir "révélé" cette affaire en 2001 est Mr Michel Van Rijn, personnage connu dans le marché de l'Art et qui multiplie les "révélations" contre les antiquaires, les musées, les maisons d'enchères et les collectionneurs. Ancien trafiquant, il est en effet bien placé pour prétendre connaître les ficelles du métier. Mais trêve de commentaires sur ce personnage douteux, car l'important est son anti-christianisme intégriste à l'origine de l'énergie déployée pour faire connaître ce fameux "évangile". Des images de ce document sont d'ailleurs disponibles sur son site ici ici ici ici ici ici ici
Le document prendrait la forme de feuillets manuscrits coptes découverts à Muhazafat Al Minya en Haute Egypte dans les années 70. Ce manuscrit daterait du 4-5 ème siècle (en pleine période d'effervescence gnostique). Après avoir circulé sur le marché gris des antiquités pour utiliser un doux euphémisme, ce manuscrit serait aujourd'hui en la possession d'une fondation suisse privée. A l'heure actuelle un professeur d'université, Rodolphe Kasser de Genève, travaillerait sur la publication de ces 31 feuillets fragmentaires.
A l'origine du mythe, le travail de Saint Irénée, évêque de Lyon et martyr qui consacra son énergie à lutter contre la gnose en particulier au travers de son oeuvre maitresse, Adversus Hœreses, que vous pouvez télécharger ici.
Saint Irénée écrivit contre la gnose « La réfutation de la fausse science » qu'on appelle aussi « Adversus hœreses » (Contre les hérésies). Il s'excusait de son mauvais style grec : « Nous vivons chez les Celtes, et dans notre action auprès d'eux, usons souvent de la langue barbare. » Mais le contact avec ces barbares, qui portaient, gravé dans leur cœur par l'esprit, le message du salut, était salutaire. Pour vaincre les novateurs, il suffisait presque de révéler leurs doctrines. L'emploi de l'ironie, à propos de tous ces enfantements d'éons, eût été facile. Mais Irénée cherchait surtout à convertir les gnostiques : « De toute notre âme, nous leur tendons la main, et nous ne nous lasserons pas de le faire. » En face des rêveries morbides de ses adversaires, comme sa théologie apparaît simple, saine et optimiste : « Le Verbe de Dieu, poussé par l'immense amour qu'il vous portait, s'est fait ce que nous sommes afin de nous faire ce qu'il est lui-même. » (source)
C'est dans l'ouvrage de Saint Irénée qu'est mentionné pour la première fois l'Evangile de Judas :
"D'autres encore disent que Caïn était issu de la Suprême Puissance, et qu'Esaü, Coré, les gens de Sodome et tous leurs pareils étaient de la même race qu'elle : pour ce motif, bien qu'ils aient été en butte aux attaques du Démiurge, ils n'en ont subi aucun dommage, car Sagesse s'emparait de ce qui, en eux, lui appartenait en propre. Tout cela, disent-ils, Judas le traître l'a exactement connu, et, parce qu'il a été le seul d'entre les disciples à posséder la connaissance de la vérité, il a accompli le « mystère » de la trahison : c'est ainsi que, par son entremise, ont été détruites toutes les choses terrestres et célestes. Ils exhibent, dans ce sens, un écrit de leur fabrication, qu'ils appellent « Evangile de Judas ». (Adversus Hoereses, livre I)
La présence sur l'un des feuillets découverts, et dans la même écriture sahidique (ou thébaïque) copte, de la mention "Evangile de Judas", permet d'accréditer l'idée que le texte fragmentaire retrouvé est bien le même texte apocryphe.
Cette révélation - qui date en réalité de 2001 - est déjà parue dans plusieurs journaux et magazines en Europe et aux Etats-Unis. "The Mail on Sunday" (Angleterre) illustre dans son édition de mars 2006 en quoi ce nouveau coup médiatique au mobile sonnant et trébuchant donne du grain à moudre aux cathophobes imbéciles et malhonnêtes, car il n'hésite pas à titrer "The Gospel of Judas Ischariot, greatest archaeological discovery of all time, threat to 2000 years of Christian Teaching".
Aux Pays Bas la Katholiek Niewsblad et aux Etats Unis "the Christian Century" on pris la mesure de la nouvelle, en démontrant en quoi ces découvertes ne sont pas (évidemment) une menace réelle pour l'Eglise.
En effet la démonstration des "découvreurs-promoteurs-vendeurs" s'arrête à la mention de Saint Irénée et à cette signature, laissant ensuite travailler l'ignorance et l'imagination fertile de leur auditoire. Il se peut, selon plusieurs spécialistes, que les feuillets découverts appartiennent au fameux "évangile de Judas", mais cela ne signifie aucunement que le traître Judas lui-même l'aurait rédigé. Quant à l'idée que l'Eglise chercherait à masquer ces textes depuis 2000 ans, c'est une fable, pratique car elle épouse le moule révisionniste du Da Vinci Code.
En réalité le dit "Evangile de Judas" n'a rien d'une "contre Bible" secrète, ou je ne sais quel fantasme. Il ne s'agit que d'un des textes d'une des multiples sectes gnostiques, les Caïnites. Dans cet évangile, on sait désormais que Judas joue un rôle de "martyr", et qu'il aurait agi sur "commande". Selon Jean Doresse (cf.ci-dessous) :
(Les caïnites) mettent au rang de leurs prophètes Caïn, Esaü, Coré, les Sodomites ... Ils usent d'un Evangile de Judas. Des auteurs plus tardifs tels qu'Epiphane nous apprendront encore que ces sectaires avaient un livre "contre l'Hystéra", c'est-à-dire contre la "matrice", nom duquel ils désignaient le créateur mauvais de l'univers inférieur ; ils lisaient aussi une fantastique ascension de Paul.
La gnose a produit d'innombrables livres, connus pour beaucoup depuis 1945 et leur découverte à Nag-Hammadi. Ces textes ont été étudiés par Jean Doresse du CNRS, plus grand spécialiste de ces écrits qui a publié en 1957 "les livres secrets de l'Egypte" (réédité chez Payot). S'il attaque Saint Irénée sur sa méthode de réfutation, Jean Doresse conclut son étude en affirmant que somme toute les textes gnostiques ont un intérêt historique voire poétique mais ne constituent en aucune cas une menace pour l'Eglise.
Lire d'abord les écrits gnostiques, puis reprendre le Nouveau Testament, est une expérience à faire : on sent alors, en rouvrant les plus grands Livres du Christianisme authentique, qu'il s'y trouve des trésors de vie encore plus abondants que ceux que nous soupçonnions avant : on ressent l'incomparable supériorité de ces textes, accessibles à tous dans leurs images et leur sens. On s'étonne que les gnoses aient pu si longtemps les concurrencer ; et l'on comprend que les sectaires aient préféré, face à cette religion, garder le secret sur leurs propres dogmes, et se cacher dans les ténèbres.
Tout est dit !
J'espère ne pas avoir perdu tous mes lecteurs (& lectrices) à ce stade. Dorénavant lorsque vos collègues de bureau ou votre voisin vous parlera du pseudo-évangile de Judas, vous aurez de quoi leur clouer le bec.
Commentaires
1. Le mercredi 5 avril 2006 à 14:21, par Hauru :: site
Intéressant comme l'origine des évangiles canoniques est toujours remise en question alors que les mêmes personnes qui doutent dans ces cas-là sont prêtes à admettre sans broncher que l'évangile de Judas a été écrit par Judas lui-même.
Deux poids, deux mesures...
2. Le mercredi 5 avril 2006 à 14:37, par le conservateur
exactement ! une incohérence de plus qui ne semble pas étouffer nos ennemis ...
3. Le lundi 10 avril 2006 à 20:26, par jean-luc
En fait l'évangile de judas apporte une autre révélation bien plus immportante ! Judas est désigné par Jésus comme le treizième apôtre, or il faisait parmi des douzes, il manque un(e) apôtre, pourquoi pas Marie-Madeleine ?
4. Le jeudi 20 avril 2006 à 18:01, par Montsegur
Il y a quelque chose d'incohérent dans les propos d'auto défense de l'église vis à vis de la gnose. Personnelement je trouve que c'est quand même plutot la gnose dans son ensemble la victime de l'église au court du temps.
Si la gnose n'était que spéculation et mixage helleniste, moyen oriental et judaique, elle n'aurait pas fait frémir l'église. En fait la gnose en tant qu'élément secret et initiatique à tendance a s'auto détruire d'elle même sous des délires ésotériques. La gnose (ou disont plutot la galaxie gnostique) ne peut non plus faire de mal a l'église par leur expensionisme en tant que société d'initié.
Mais il faut bien voir que si il y a un terme pour définir l'église des 2 premiers siecles se serait : Chaos. La diversité des premiers chretien est extraordinaire.
Mais le soucis du quidam aujourd'hui c'est qu'il ne sait pas réelement ce qui s'est passé lors du passage mouvementé de la parole à l'évangile.
Qui écoutent les exegeses ? peu de monde en réalité. En sacralisant a outrance les paroles choisies du premier et second siecle et en se transformant en cette machine autoritaire et infaillible au moyen age; l'église a elle même cherché à transformer la redaction du canon en infaillible. Elle a donc au niveau de son credo défini avec une lame aiguisé le vrai et le faux.
Sauf que n'importe qui regardant de plus pres se rend compte que cette coupure n'a pas été si simple que ca. Et au lieu d'expliquer que Irénée tentat de sauvegarder la tradition apostolique face au troublion des gnoses, on nous présente trop les évangiles comme les seuls et uniques écrits valides de leur temps.
Et il faut aussi être honnéte et accepter la destruction systématique par l'église de ses "mauvais" (je prefere le terme mauvais a celui de faux) textes.
De plus il manque à l'église toute la partie "Hebraique" de son histoire, celle a jamais perdu dans la destruction de Jerusalem. Ce manque fait obligatoirement naître les fantasmes les plus délirants. (car qu'on le veuille ou non, on a que la partie grecque de l'histoire)
Il suffit dans ces conditions de la découverte de quelques parchemins pour que l'on trouve des textes tres anciens.
Rien ici ne peut prouver que l'evangile de judas n'est pas par exemple de la même époque que celui de Jean.
Et alors effectivement on peut remettre tout en cause ... mais la vision de cet évengile peut servir de vecteur de la foi pour certain. Je ne vois pas en quoi c'est mauvais.
L'église doit a mon avis mieux accepter et faire accepter de façon humble sa création, quitte a regner sur les délires moyenageux qu'elle se trimballe toujours.
Bref j'ecris beaucoup trop
5. Le dimanche 7 mai 2006 à 03:29, par broincha
Franchement, après avoir traduit ce soi-disant évangile, je ne vois pas où la foi risque quelque chose.
Ce texte ne modifie rien, n'apporte qu'une opinion de plus.
Personnellement j'y distingue plutôt les prémices du manichéïsme. Un dieu bon et un mauvais.
Mais de toute façon Dieu n'est qu'une hypothèse.
Par contre il pousse certains "bons chrétiens" a user de vocabulaires peu chrétiens.
Ajouter un commentaire