De la basilique constantinienne composée de trois parties, (Martyrion, Triportique et Anastasis) il ne reste aujourd'hui que la rotonde de l'Anastasis. Elle fut plusieurs fois rénovée, comme un grandiose mausolée au dessus de la tombe vide du Christ. Le reste de la construction (qui comprenait l'entrée sud, le Catholicon au centre, le déambulatoire et la chapelle souterraine de Sainte Hélène) est une oeuvre croisée (1141). ( source )

En réalité même la rotonde de l'Anastasis ne date pas de la construction originale, mais fut élevée dans les années 1040 par un architecte byzantin, Constantine Monomachus. Cette construction impressionna tellement des pèlerins venu d'occident qu'ils cherchèrent à l'imiter dans leur pays, comme le montre l'exemple de la basilique de Neuvy Saint Sépulchre.

Les chrétiens de Jérusalem et les pèlerins furent ainsi privés de Saint Sépulchre pendant 30 ans. La destruction de l'Eglise du Saint Sépulchre ne passa pas inaperçue en Occident, où elle déclencha un véritable renouveau des croyances apocalyptiques, les peurs de l'an 1000 se retrouvant renforcées par cet évènement sans précédent. Si les persécutions contre les pèlerins sont avérées depuis le VIII ème siècle, elles ne cessèrent pas à partir du début du XI ème siècle. L'avancée de l'envahisseur turc renforcant les difficultés et les dangers du pèlerinage.

Le quartier chrétien, et le Saint Sépulchre en particulier, bénéficiait d'un statut particulier, qualifié de "protectorat franc", issu des négociations entamées par Pépin le Bref avec le caliphe de Bagdad en 762. C'est à Rome le 30 novembre de l'an 800 que les clés du Saint Sépulchre furent remises à Charlemagne, par les envoyés de Haroun al- Raschid. Ce protectorat, et les droits des pèlerins qui y étaient associés, furent donc détruits de facto par les persécutions du caliphe Al-Hakim. Après la disparition mystérieuse de ce dernier, le protectorat fut aboli de jure en 1027 et remplacé par une simple tutelle byzantine sur le Saint Sépulchre.

La disparition du "protectorat de Charlemagne" demeura une plaie douloureuse pour les chrétiens d'occident, d'autant que les défaites des byzantins s'accumulaient. Dès 1073 des lettres d'appel à l'aide des byzantins arrivèrent à Rome. Lorsque les byzantins furent défait par les turcs à Manzikert en 1090, c'est toute l'Asie Mineure qui tomba aux mains des turcs, rendant le pèlerinage à Jérusalem pratiquement impossible. On sait ce qu'il advint par la suite : en novembre 1095, le pape Urbain II prêcha la croisade devant une assemblée de religieux, de chevaliers, et d'innombrables pèlerins réunis à Clermont. Le 15 juillet 1099, Jérusalem tombait entre les mains des Croisés.

On ne saurait sous-estimer l'importance de cette destruction. A titre symbolique, elle est considérable. En pratique, elle marque la fin des maigres "droits" négociés par les autorités d'occident pour le passage et la sécurité des pèlerins, dont l'application était dépendante du bon vouloir discrétionnaire d'autorités musulmanes versatiles et méprisantes. A ce titre c'est donc le premier déclencheur majeur du phénomène des croisades. Il n'est donc pas étonnant que cet évènement soit passé sous silence, car il contrevient à la fable de "l'agression chrétienne", origine de l'islamisme (?) qu'il est de bon ton de diffuser aujourd'hui. Il contrevient à une autre fable, celle d'un orient éclairé et tolérant - opposé à un occident forcément barbare, dont la bienveillance et la bonté naturelle à l'égard des minorités furent brusquement bouleversé par l'éruption inexplicable des vilains Croisés.

(*) : "fondateur" de la "religion" druze

(**) : voir le témoignage de Iahja d'Antioche dans "l'Epopée byzantine" de Schlumberger, II, 442

PS : Si vous pensez que j'exagère, imaginez une seconde ce qui se serait passé si des chrétiens avait osé porter la main sur la Mecque ! Nous en entendrions parler tous les matins !