La Croix elle même n'est objet de vénération que depuis le IV ème siècle. Ainsi le Crucifix, c'est à dire la Croix portant le Christ, n'est apparue dans l'art occidental qu'au début du moyen âge. Les Byzantins lui préféraient le Christ triomphant, ou le Juge (Christus Pantokrator).

Accepter l'image d'un Christ mort, tellement humain qu'il en est pathétique, n'a pas été sans difficulté dans l'histoire du christianisme. Certaines cultures comme la Scandinavie ont favorisé la représentation d'un Christ crucifié, mais les yeux ouverts, rayonnants dans un habit couvert de pierreries - comme par exemple le montrent des Croix d'autel en émail de Limoges produites pour le "marché" nordique. Un des problèmes posés aux évangélisateurs des germains dans les premiers temps de l'Europe fut d'ailleurs de faire accepter l'idée que Dieu puisse "s'abaisser" au point de mourir comme un homme. L'iconographie fut mise à contribution pour adoucir cette "idée choc".

Les représentations les plus humaines et les plus pathétiques du Christ ont été favorisées dans les périodes troublées, comme le XV ème siècle. Une des plus belles représentations du Christ mort, l'incroyable Pieta de Villeneuve-les-Avignon d'Enguerrand Quarton - conservée au Louvre, illustre cette attirance des siècles troublés pour des Christ proches de leur quotidien. A ce titre la Passion de Mel Gibson peut s'inscrire dans ce courant hyper-réaliste, signe de temps.