Ah, nous ne les entendons plus, ces éditorialistes, ces intellectuels, ces patrons médiatiques qui à longueur de temps glosent sur la nécessaire réforme et fustigent les "peurs" des français. Leurs colonnes, leurs livres, leurs entretiens occupent d'habitude tellement de pages, de rayonnages et de temps d'antenne que l'on sent un grand vide lorsqu'ils sont absents. Un seul être vous manque, et toute la presse est dépeuplée !

Or ceux-là ont déserté le champ de bataille. N'écoutant que leur "courage" - qualifié de "raison", ils ont préféré se réfugier dans leurs trous de souris. Bien sûr, chacun dispose d'un argument légitime, critiquant, qui la méthode (*), qui le calendrier, qui l'importance de la mesurette ! Mais le conflit n'est-il pas inscrit dans les gènes de notre système de relations sociales ? Et les partis de la décroissance économique n'ont ils pas un intérêt vital à fomenter le trouble dans les rues ? Pourquoi alors s'en étonner et en prendre ombrage ?

Voila une attitude bien française : appeler à la réforme, bien calé dans son fauteuil, en faisant montre d'un courage verbal à faire trembler une forteresse, et quitter le pays avec bijoux et tableaux de maître dès que le faubourg commence à bruisser ...

Le Monde en est une illustration parfaite. Bien que de gauche, le canard bien pensant ouvre volontiers ses colonnes aux partisans de la réforme. Mais c'est pour les refermer au plus vite dès que le vent tourne, retournant sa veste au moindre signe de conflit social. C'est pour avoir remarqué cette attitude systématique que j'ai rayé ce journal de mon carnet de bonnes adresses.

Certes Mr. de Villepin n'est pas l'homme du dialogue social, et sa loi tant décriée par certains ne résorbera pas à elle seule le chômage des jeunes, mais quelle confiance et quel crédit accorder à ceux qui disparaissent en province dès que grondent les collèges ou les ateliers ? Ceux là ne seront d'aucun soutien dans les grandes batailles puisqu'ils ne sont pas des petites.

En somme ils feraient mieux de se taire ... en permanence, car ils n'ont manifestement pas le courage d'assumer leurs grandes idées, et l'impopularité qui l'accompagne. Croient-ils que la France se réveillera un matin acquise à la réforme, sans coup férir ? Pour remporter victoire, il faut livrer bataille ...

(*) : pourtant lorsque les 35 h ont été imposées de force à la société par les socialistes, je ne me souviens pas avoir entendu un tel concert de protestations sur la méthode de la part des vierges effarouchées - au temps pour les excuses bidons !