Lors d'une rencontre le 13 février avec l'Organisation de la Conférence Islamique, Mr.Solana déclare que l'Union Européenne apportera son soutien à une nouvelle clause de la charte des droits de l'homme des Nations Unies dont l'objectif serait de "protéger les religions et leurs prophètes" *. Auparavant, il avait cosigné avec Kofi Annan, Secrétaire général des Nations Unies, et Ekmeleddin Ihsanoglu, secrétaire général de l'OCI le texte suivant :

We understand the deep hurt and widespread indignation felt in the Muslim world. The freedom of the press, which entails responsibility and discretion, should respect the beliefs and tenets of all religions.

Aucun mot des manipulations organisées, des assassinats, des boycotts, des fausses caricatures, et d'une indignation pour le moins douteuse, puisqu'elle porte sur des caricatures que pratiquement personne n'a vu dans le monde musulman.

On peut s'interroger sur la légimité même de ces rencontres, alors que les dirigeants de plusieurs pays musulmans membres de l'OCI laissent faire des actes de guerre contre les intérêts européens, et que des boycotts contre les produits danois - et donc européens - sont lancés et appliqués au plus haut niveau de des Etats.

C'est encore plus incompréhensible au regard des objectifs affichés de l'OCI qui constituent une intolérable ingérence dans les affaires internes de l'U.E. :

This joint statement and the UN resolution provide the legal ground for condemnation of acts of European newspapers,” the OIC said during its meeting last week. “This is a very important achievement and we must seize the opportunity to preserve the momentum for joint action to prevent a recurrence of this despicable act. To combat Islamophobia in the West we must work toward the adoption of relevant legislations.

Lorsque l'on connait la quasi-totale absence de liberté religieuse - en pratique ou en droit - dans un grand nombre de pays musulmans - y compris la Turquie où les chrétiens sont réduits à raser les murs, ce texte a de quoi faire bondir. Mais au delà du ridicule de cette déclaration, il y a derrière une menace à peine voilée. Pour résumer, comment qualifier un appel pressant à légiférer de la part d'une organisation représentant des pays où se déroulent des agressions gravissimes contre les intérêts européens ? Cela s'appelle un diktat. Et le diktat de l'OCI est clair : l'U.E. a intérêt à se plier aux exigences des pays arabes ou bien les actes perpétrés ces derniers jours et les boycotts pourraient s'installer dans la durée.

Cette tentation, au niveau de l'ONU ou de l'UE, d'inscrire, dans les textes fondateurs ou la Loi, un principe flou de "respect des religions" nécessitant une "limitation de l'expression", doit être combattue avec la dernière énergie. Ce type de principe vague est toujours exploité par des groupes d'intérêts qui l'utilisent pour légiférer au travers des tribunaux.

En d'autres mots, l'existence d'un principe de "respect des religions" au delà de la liberté de culte définie d'ores et déjà, permettrait à tous les islamistes et communautaristes de la terre de systématiquement challenger les législations nationales en les qualifiant d'islamophobes. La loi sur les signes religieux qui contient l'interdiction du voile islamique à l'école pourrait ainsi finir devant la cour de Luxembourg et la France se voir condamnée pour islamophobie. Par ce simple exemple, on mesure à quel point cela constituerait un danger pour l'Europe. D'une manière générale, les grands principes "gnan-gnan la prâline" n'ont rien à faire dans les textes de loi ou dans la constitution, car leur caractère vague et irréfléchi les rend potentiellement néfastes. Dans un tout autre domaine, l'acquittement des faucheurs d'OGM en raison du principe de précaution inscrit par Mr.Chirac dans la constitution illustre ce poison mortel pour les démocraties.

On relèvera à ce sujet cette excellente opinion du BrusselsJournal qui démontre comment le Coran devrait être interdit si l'on appliquait un principe de respect des religions. En effet le texte fondateur de l'islam est truffé d'attaques nominales et d'incitations à la violence à l'égard du christianisme, du judaïsme et des religions païennes.

Au delà des caricatures : une Europe profondément immature

La crise des caricatures semble bien être derrière nous, mais alors que le nuage de fumée se dissipe, c'est une Europe semblable au village d'Astérix pendant la bagarre qui s'étale sous nos yeux, et plus grave encore aux yeux du monde. Les qualificatifs de vieille Europe et de continent faible sont de nouveau d'actualité.

Comment en effet qualifier la cacophonie et la manque de solidarité affiché par les capitales européennes pendant ces semaines de tension ? Que les partenaires de l'UE n'aient pas jugé bon de faire bloc derrière le Danemark injustement accusé est proprement incroyable. Après tout, quoi que l'on pense des caricatures ou de leur publication, cela ne concernait ni l'Etat danois, ni la population, ni les entreprises de ce petit pays. Les condamnations à demi-mot de poids lourds comme Blair ou Chirac alors que brûlaient les ambassades d'un pays de l'U.E. contreviennent au principe de base de toute communauté de personnes ou de pays : attaquer l'un d'entre nous, c'est nous attaquer tous.

C'est le rêve d'une diplomatie européenne qui est mort et enterré. Non seulement il n'y a pas de convergence de vue sur la situation du monde, mais il n'y a même pas de solidarité inter-pays. Mr.Solana illustre bien cette impasse puisqu'il agit lui-même à rebours de la volonté des peuples européens, qui selon tous les derniers sondages désapprouvent l'attitude du monde musulman.

Alors que certains pays tentent de relancer le Traité de Constitution et que Mr.Sarkozy laisse filtrer dans la presse son plan pour le remettre sur les rails, c'est l'existence même d'un projet commun européen qui est remise en question.

Pour en finir avec Mr.Solana, il est rassurant de constater que de nombreux politiciens en Europe - de droite comme de gauche - ont affiché une opinion notablement différente, à commencer par Mr. José Manuel Barroso, le président en exercice de la Commission, qui a déclaré :

The commission condemns, in the strongest possible terms, the violence perpetrated against our office in Gaza, and against the missions of the member states, in particular those of Denmark.” He added that “a boycott of Danish goods is by definition a boycott of European goods.

La mort politique de Mr.Solana viendra bien assez tôt, mais c'est la liste complète des politiciens dhimmis et capitulards qu'il convient d'établir, car ce petit accès de grippe munichoise devrait sonner pour tous les démocrates et les amis de la liberté, qu'ils soient de droite ou de gauche, comme un tocsin dans le lointain.

  • c'est évidemment une formulation islamique car Jésus n'est pas un prophète, mais le Messie et le Fils de Dieu fait Homme